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Inventaire aérien du carcajou dans les basses-terres de l'Abitibi et de la Baie-James à l'hiver 2006

RÉSUMÉ
Le carcajou, (Population de l'Est) a été désigné espèce en voie de disparition au Canada par le COSEPAC, en 2003, et inscrit à l’appendice1 de la Loi sur les espèces en péril, en 2005.

Compte tenu de la précarité de cette population, un plan de rétablissement a été rédigé avec comme objectif le rétablissement d’une population viable de carcajous au Québec et au Labrador. Parmi les actions proposées par le plan, l’élaboration de méthodes pour estimer  la taille et les tendances de population sont privilégiées.

Plus spécifiquement, les objectifs du présent projet sont de :

  • Vérifier si le carcajou est présent dans l’aire d’étude
  • Le cas échéant, estimer la taille de la population
  • Noter la présence des espèces associées au carcajou ainsi que l’habitat qu’elles fréquentent.

À cet effet, un plan de vol a été élaboré à l’aide d’une carte numérisée du découpage écologique des Basses-terres de l’Abitibi et de la Baie-James où l’aire d’étude a été subdivisée en 100 parcelles-échantillons de 1 000 km2, pour un total de 100 000 km2. L’inventaire a consisté à survoler de façon systématique et à basse altitude chaque parcelle-échantillon à la recherche d’indicateurs de présence faunique, tels que des pistes de loup, de cervidés ou de carcajou, de carcasses de cervidés et la présence de corbeaux.

Cette méthode permet l’inventaire du carcajou sur de grandes superficies sur une courte période et à des coûts abordables. L’inventaire a été réalisé entre le 26 février et le 8 mars 2006, avec six jours effectifs de vol. Cet inventaire a permis de confirmer la présence du carcajou au Québec suite à l’observation de deux réseaux de pistes différents de l’espèce.

L’observation directe et la présence de plusieurs réseaux de pistes d’espèces associées au carcajou ont aussi été répertoriées. Il existe donc une population résiduelle de carcajou au Québec, où la dernière observation confirmée remonte à l’année 1978. Toutefois, la faiblesse des effectifs de cette population pourrait empêcher son rétablissement à un niveau de viabilité qui permettrait son autosuffisance sans aucune intervention humaine. Ceci malgré la présence importante de proies au nord du Québec et du Labrador.

Par ailleurs, deux inventaires aériens récents, le premier réalisé dans le parc projeté des Monts-Torngat-et-de-la-Rivière-Koroc (4 274 km2) et le second au Labrador (236 000  km2),  n’ont pas permis de déceler la présence du carcajou dans ces deux territoires. Un repeuplement devra être envisagé s’il existe une volonté de rétablir le carcajou au Québec et au Labrador.

Le coût d’un lâcher expérimental et le suivi d’un nombre restreint de spécimens est estimé selon le plan de rétablissement à environ 500K$. Cela constitue, à notre avis, la prochaine étape de la mise en œuvre du plan de rétablissement.

Aire d'étude

L’aire d’étude (carte 1) d’une superficie de près de 100 000 km2 correspond à la province naturelle des Basses-terres de l’Abitibi et de la Baie-James, qui forme une plaine légèrement inclinée vers la baie James ( Li et Ducruc 1999).

La limite ouest suit la limite interprovinciale entre le Québec et l’Ontario, puis la rive est de la baie James. Du point de vue faunique, on note la présence du caribou, de l’orignal, et du loup, espèces souvent associées au carcajou. Ce territoire constitue la porte d’entrée naturelle pour le carcajou au Québec, d’où la pertinence du choix de celui-ci. 

Dans la partie sud, la sapinière domine, alors qu’elle cède le pas à la pessière à mousse vers le nord. Le réseau hydrographique est très développé avec la présence de quelques lacs d’importance et de nombreuses rivières qui coulent majoritairement vers la baie James.

L’exploitation des ressources naturelles (forêts, mines et hydro-électricité) est à la base de l’économie locale. À cet effet, un projet majeur de développement hydro-électrique est prévu dans le secteur nord de l’aire d’étude ( Eastmain-1-A et dérivation Rupert).

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MÉTHODOLOGIE

La méthode d’inventaire qui a été privilégiée est du type systématique à couverture totale, tel qu’appliquée en Ontario dans les Basses-Terres de la Baie d'Hudson (Magoun et al. 2004), territoire présentant un habitat similaire à l’aire d’étude.

L'aire d'étude a été  subdivisé en parcelles-échantillons de 1000 km2, de forme hexagonale. De par sa superficie et sa forme, une telle parcelle correspond bien au domaine vital théorique d’une mâle adulte (Magoun et al.2003). Ce sont donc une centaine de parcelles-échantillons qui ont été  survolées. Il est également à noter que les parcelles retenues pour l’inventaire devaient  comprendre une superficie minimale de 50% située à l’intérieur de l’aire d’étude.

L’inventaire a été  réalisé à l’aide d'un avion bimoteur de type Islander très manœuvrable qui peut voler à basse vitesse, en mettant à contribution un pilote d'expérience et un observateur-navigateur familier avec le carcajou.

L’inventaire a consisté à survoler systématiquement chaque parcelle-échantillon à une altitude d’environ 100 mètres à une vitesse moyenne de 160 kilomètres/heure à la recherche d’indicateurs de présence faunique, tels que des pistes de loup, de caribou ou de carcajou, des carcasses de cervidés, de corbeaux etc.

Cette méthode permet l’inventaire du carcajou et des espèces associées sur de grandes superficies dans des endroits inaccessibles, sur une courte période et à des coûts abordables. Lorsque des indices de présence du carcajou étaient observés, un effort supplémentaire de recherche était réalisé en remontant les pistes en sens contraire au déplacement de l’animal pour en vérifier l’origine.

Pour être fiable, on doit s’assurer qu’aucun réseau de pistes compris à l’intérieur d’une parcelle-échantillon donnée n’est raté, ce qui suppose un survol à vitesse très lente et à basse altitude. Puisque cette méthode suppose également qu’un même réseau de pistes est survolé à plusieurs reprises, la probabilité de manquer des indicateurs est faible.

Les informations recueillies lors de l’inventaire ont été colligées sur une fiche préparée à cette fin où étaient notés les paramètres de vol, ainsi que les indices de présence animale et l’habitat survolé.

L’information récoltée à chaque sortie était saisie sur ordinateur à chaque soir. Les plans de vol étaient préparés la veille de l’inventaire de façon à s’ajuster aux conditions de la météo locale (carte 2).

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RÉSULTATS

Outre le pilote, l’équipage comptait un navigateur-observateur qui prenait place à la droite de celui-ci. Ce dernier notait les observations et enregistrait un point de localisation pour chacune d’elles à l’aide d’un appareil GPS portatif de type Garmin 12. Compte tenu de la configuration rectiligne de l’aire d’étude et de la position centrale de l’aéroport de Matagami, il a été choisi comme base d’opération pour toute la durée de l’inventaire.

L’inventaire a été réalisé entre le 26 février et le 8 mars 2006, avec six jours effectifs de vol. Pendant cette période les femelles adultes sont le plus actives, étant à la recherche d’un site pour établir leur tanière.

Les vols d’une durée moyenne de quatre heures avaient lieu entre 10:00 et 16:00 heures pour profiter des contrastes lumineux. Les conditions de vol étaient excellentes pendant les six jours avec une visibilité qui variait de bonne à excellente et un contraste excellent.  La température extérieure variait de –10°C à –30°C.

L’inventaire aérien a permis l’observation directe de plusieurs caribous (Rangifer tarandus) et orignaux (Alces alces), et de nombreux réseaux de pistes (Carte 3). La présence de cervidés a été détectée dans 65 des 99 parcelles-échantillons (66%).

De façon générale, le caribou était surtout présent dans la portion nord de l’aire d’étude, alors que l’orignal était réparti de façon plus uniforme. La présence du loup (Canis lupus) a été signalée dans 8 parcelles-échantillons, alors que deux réseaux de pistes de carcajou (Gulo gulo) ont été détectés à l’intérieur des parcelles-échantillons # 33 et 60. 

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DISCUSSION

Même si l’inventaire aérien n’a permis la détection que de deux réseaux de pistes de carcajou, il confirme néanmoins la présence de cette espèce au Québec et reconnaît l’utilité des nombreuses observations de carcajou rapportées depuis les années soixante.  De plus, la présence de cervidés, proies préférées du carcajou, dans deux tiers de l’aire d’étude confirme que ce territoire pourrait accueillir une population de carcajous plus importante.

Il existe donc une population résiduelle de carcajou au Québec. Toutefois, la faiblesse des effectifs de cette population empêche probablement le rétablissement de celle-ci à un niveau de viabilité qui permettrait son autosuffisance, sans aucune intervention humaine, et ce malgré la présence importante de proies au nord du Québec et du Labrador.

D’autre part, deux inventaires aériens récents, le premier réalisé dans le parc projeté des Monts-Torngat-et-de-la-Rivière-Koroc (4 274 km2) (Fortin 2004) et le second au Labrador en 2005 (236 000  km2) (Isabelle Schmelzer comm. pers.), n’ont pas permis de déceler la présence du carcajou dans ces deux territoires.

Un repeuplement devra être envisagé s’il existe une volonté de rétablir le carcajou au Québec et au Labrador. Les Basses-terres de l’Abitibi et de la Baie James est un territoire qui pourrait servir pour accueillir une telle initiative en autant que les communautés cries acceptent de souscrire à ce projet. Le coût d’un lâcher expérimental et le suivi d’un nombre restreint de spécimens est estimé selon  le plan de rétablissement à environ 500K$, (Fortin et al. 2004), ce qui constitue selon notre avis, la prochaine étape de la mise en œuvre du plan de rétablissement.

REMERCIEMENTS

Nous tenons à remercier pour leur contribution :

  • le Fonds Mondial pour la Nature,
  • Environnement Canada,
  • la Fondation de la Faune du Québec,
  • la Fondation Héritage Faune,
  • la Fédération canadienne de la Faune,
  • la Société d’énergie de la Baie-James,
  • le Ministère du Développement durable, de l’Environnement et des Parcs,
  • le Ministère des Ressources naturelles et de la Faune,
  • la Fondation pour la Sauvegarde des Espèces Menacées
  • et la Fédération des Trappeurs Gestionnaires du Québec. 

RÉFÉRENCES CITÉES

COSEPAC. 2003. Évaluation et rapport de situation du COSEPAC sur le carcajou (Gulo gulo) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada Ottawa. vii + 51p.

DAWSON, F. N. 2000. Report on the status of wolverine (Gulo gulo ) in Ontario. Comité de détermination du statut des espèces en péril en Ontario. Ministère des Richesse naturelles de l’Ontario, Thunder Bay (Ontario). 38p + iii.

FLAGSTAD, O. E. HEDMARK, A. LANDA, H. BROSETH, J.PERSSON, R. ANDERSEN, P. SEGERSTROM and H. ELLEGREN. 2004. Colonization history and noninvasive monitoring of a reestablished wolverine population. Conservation Biology 18:676-688.

FORTIN, C., V. BANCI, J. BRAZIL, M. CRÊTE, J. HUOT, M. HUOT, R. LAFOND, P. PARÉ, J. SHAEFER ET D. VANDAL. 2004. Plan national de rétablissement du carcajou (Gulo gulo) [Population de l’Est]. Rapport de rétablissement no 26. Rétablissement des espèces canadiennes en péril. (RESCAPÉ) Ottawa (Ontario). 34 p.

FORTIN, C. 2004. Inventaire de la faune en période hivernale dans le parc national projeté des Monts-Torngat-et-de-la-rivière-Koroc (Nunavik). Rapport préparé pour l’Administration régionale Kativik. 18 p.

KREBS, J. A. AND D. LEWIS. 2000. Wolverine ecology and habitat use in the North Columbia Mountains: Progress Report. Columbia Basin Fish & Wildlife Compensation Program, Nelson, B.C., Canada. 26 p.

KYLE, C. J. AND C. STROBECK. 2002. Connectivity of peripheral and core populations of North American wolverines. Journal of mammalogy 83:1141-1150.

LI , T. ET J. P. DUCRUC. 1999. Les provinces naturelles. Niveau 1 du cadre écologique de référence du Québec. Ministère de l’Environnement. 90 p.

MAGOUN, A. J., G. LIPSETT-MOORE, J. R. RAY, C. LIPSETT-MOORE, N. DAWSON, AND C. FORTIN. 2003. Aerial track surveys as a tool for assessing coarse-scale wolverine distribution in northern Ontario. Abstract of presentation at the 11th Northwest Furbearer Conference held in Whitehorse, Yukon, 1-2 may 2003.

MAGOUN, A. J., N. DAWSON, J. C. RAY and J. BOWMAN. 2004. ONTARIO WOLVERINE PROJECT REPORT - JULY, 2004 and ONTARIO WOLVERINE PROJECT REPORT APPENDIX – JULY. http://www.wolverinefoundation.org/research/research.htm

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